Rubrique en création...

Les IA sont pleines d'atouts, suscitent tant d'espoir... Les premiers échos en provenance des écoles montrent que les professeurs initient le travail critique  susceptible de former les élèves à un usage mesuré, contrôlé. Ni leurs fonctions ni leurs effets ne sont encore maîtrisés. Leur statut révolutionnaire suscite autant d'attentes (rationnelles ou irrationnelles) que de craintes, voire de peurs... Elles réalisent certes des tâches formelles courantes (de nos tableurs à nos GPS en passant désormais par nos agents conversationnels) avec infiniment plus de célérité que n'importe qu'elle intelligence (s'il n'y a pas d'enjeu de vérité, lorsque la nature des résultats obtenus dépend de la maîtrise d'une heuristique et de la qualité intrinsèque des sources). Mais quelles tâches ? A quels niveaux des opérations intellectuelles atteints par une intelligence, au prix de quelles ressources humaines dans la réalisation de l'immense étiquetage de connaissances factuelles pillées en ligne, et de quel impact carbone ?

 

IA / 'Intelligence artificielle' est utilisé sous l'acronyme anglo-américain 
AI / Artificial Intelligence dans la plupart des langues

Que le premier agent conversationnel venu puisse informer sur le comportement réel, non légendaire, de Christophe Colomb face à ceux qu'il prenait pour des «Indiens» (s'il puise aux données piquées aux historiens professionnels) ou avancer que Pestalozzi a inventé une méthode moderne (en lui demandant si c'est bien le cas) puis se contredire en affirmant sans sourciller qu'il n'en a jamais inventé (en lui demandant en contre-épreuve si c'est bien le cas)... quoiqu'il en soit, les  réponses de la machine ne peuvent être prises pour argent comptant, elles doivent être examinées. Il en va ainsi de toute information dénuée de véracité tant que son origine n'est pas éclaircie, que sa source n'est pas validée comme fiable. C'est ce que nous devons apprendre : passer les réponses d'un chatbot au crible d'une heuristique. Pour cela, il faut d'abord savoir à quoi ou plutôt à qui - puisque les chatbots, en français, nous vouvoient (!) - on a affaire.

Comment ça marche (grosso modo) ?

J'y reviendrai plus en détail, mais qu'elle que soit la réponse, celle-ci provient de clouds générés par des data centers aux dimensions indescriptibles, dévoreurs d'une énergie incommensurable, en expansion proportionnelle à l'explosion du nombre d'utilisateurs (bientôt 3% de l'électricité mondiale). Elle n'a pu être élaborée qu'au prix de la sueur d'armées de travailleurs de l'ombre payés au lance-pierre pour étiqueter chaque élément de milliards d'informations pillées en ligne sans souci de référenciation... au bénéfice, principalement, de gros entrepreneurs milliardaires dénués de tout sens commun, utilisant l'argent public (par centaines de milliards de $ aux USA) pour développer un business à la source des plus grandes fortunes de l'histoire, sans égard pour la bulle qu'ils risquent de faire éclater. Sans considération de la reconversion des millions d'emplois qu'ils contribuent à bouleverser... Il y a certes un espoir dans l'énergie verte et le free cooling, mais les constructions et les fabrications nécessitent à elles seules des matériaux et des métaux rares plus polluants que l'usage lui-même, pour un impact environnemental démesuré. Ce n'est pas tout. On verra plus bas l'empreinte carbone produite pour une seule demande. Sans compter que désormais, «confié» à une IA générative, un appareillage numérique de contrôle peut fort bien ordonner et provoquer le massacre de familles vaquant à leur occupations... prises pour des terroristes.

Est-ce hors de propos ou en est-on effectivement (déjà) là ? Sans vouloir en aucune manière rejeter par principe une invention révolutionnaire, structurelle, en cours, quand bien même on n'en maîtriserait encore ni les agents ni les effets. 

Un peu de sémantique pour commencer

Intelligence dans un dictionnaire d'usage comme le Larousse Anglais se définit par 'information / renseignement'. Ainsi, dans l'expression Intelligence Service 'Agence de renseignement', alors que sous Intellect on trouve 'Intelligence' (faculté de comprendre, de penser) !

 AI ne signifie donc pas Artificial Intellect. Pour un anglo-saxon l' Artificial Intelligence désigne bien la partie de l'informatique qui permet d'obtenir des informations, des renseignements... alors que pour penser, être capable de réflexion, il faut être doué d' Intellect (d' 'intelligence' en français)... Une machine peut-elle être dotée d' Intellect / d'intelligence au sens français du terme ? C'est ce qu'il faudra examiner.

En attendant ouvrons le Dictionnaire historique de la langue française Le Robert (REY Alain, dir.) qui donne l'évolution des mots depuis leur origine :

- INTELLECT du latin Intellectus «perception par les sens, faculté de comprendre... entendement, esprit ('se torturer l'intellect')»

- INTELLIGENCE  du latin Intelli(e)gentia «faculté de comprendre» d'abord, comme INTELLECT, puis (v. 1500) «relation secrète entre des personnes» avec (1611), repris à l'anglais, information fournie par un service privé de renseignement ou d'informations diplomatiques (1828), sens disparus en français tout en subsistant dans la locution «être en (bonne / mauvaise) intelligence». Puis dès 1598, par extension du sens «être spirituel» se dit de l'être humain en tant que capable de réflexion (d'un retour de la pensée sur elle-même en vue d'examiner et d'approfondir une donnée de la conscience spontanée / 1637, Descartes).

Manifestement conclut le DHLF, «comme calque de l'anglo-américain, 'Intelligence artificielle' désigne la partie de l'informatique qui vise la simulation des facultés cognitives humaines... au sens initial de 'comprendre'». Ce qui ne correspond guère, comme on pourra l'examiner plus loin, au sens cognitif de 'réflexion' comme retour de la pensée sur elle-même.

L “IA” peut-elle
se substituer à l “I” ?

Alors que ChatGPT n'émet que depuis fin 2022 seulement, la littérature sur l'IA est dores et déjà pléthorique, de la presse quotidienne ou spécialisée aux études scientifiques sur ses capacités et ses usages, en passant par les productions du NET qui envahissent la galaxie médiatique. Difficile de choisir. Commençons simplement par l'opinion d'un prof d'histoire romand (titulaire d'un doctorat en histoire contemporaine).

L'opinion de  Dominique Dirlewanger sur les rapports entre IA et éducation

24 Heures du 3 octobre 2025

Il faut dénoncer sans ambage le risque d'idiotie (de sombrer dans la particularité - le contraire de l'universalité -, étymologiquement) que nous fait courir l'IA, en l'état de ses développements actuels. Maîtriser l'outil pour en réchapper, c'est possible, comme on le verra plus loin avec la contribution d'un autre  historien suisse romand, Lyonel Kaufmann.

Avant d'aborder cela, et à partir du constat établi ici par mon collègue historien et professeur d'histoire Dominique Dirlewanger, la question est bien de savoir si une IA, même générative, peut véritablement raisonner, penser... à notre place. Ce qui imposera de se mettre d'accord sur ce que signifie “raisonner, penser... ” pour une intelligence qui n'est pas artificielle, et pour une intelligence qui le serait. Mais lisons plutôt...

 

Les intelligences artificielles nous serrent de plus en plus près. Et-ce une irruption ?

L'histoire abonde de moyens auxiliaires - artificiels - venus doper notre intelligence. Par exemple, pour ne remonter qu'à l'époque médiévale, la technique de solmisation (lire à vue musique et parole au lieu de procéder à l'interminable mémorisation bouche à oreille) a décuplé dès le 11e siècle les possibilités du «savoir par coeur» (voir à la rubrique Histoire de l'éducation : Le Temps des espaces pédagogiques).

Tout comme la diffusion du papier comme support de l'écrit, en Europe à partir du 14e siècle, a suppléé les limites de la mémorisation en démultipliant l'accès à la connaissance. Puis, de l'imprimerie à la calculatrice, au tableur, au GPS, etc etc,  comme l'illustre très bien Dominique Dirlewanger, tout indique que l'idée d'un recours à des artefacts pour augmenter notre intelligence corresponde à un phénomène permanent. Imaginer qu'un tel recours soit nouveau découle sans doute de l'irruption (récente elle, en effet) de l'usage des chatbots. 

C'est en profane que je suis cette évolution... vertigineuse. J'aimerais comprendre la différence entre intelligence (tout court, donc animale, de la fourni à l'homme, de la fourmilière aux sociétés) et intelligence artificielle (fonctionnant par procédés externes à l'intelligence humaine... mais faut-il le rappeler, régis par l'homme), en particulier dans leurs incidences sur l'éducation et l'enseignement.

Quels sont donc les niveaux des facultés cognitives atteints par une IA ?

Comment classe-t-on les niveaux intellectuels propres à l'intelligence humaines ? Lesquels, le cas échéant, une IA peut-elle atteindre ou exercer ? Prenons une taxinomie cognitive courante, c'est-à-dire une échelle de classification des opérations intellectuelles essentielles.

En simplifiant fortement, on peut dire que la mémoire individuelle correspond à un niveau dit de 'connaissance (de faits établis)' - on livre des savoirs mémorisés, que ce soit l'altitude du Mont-Blanc ou tout l'Ancien Testament en latin -; qu'en parlant, racontant, expliquant... nous démontrons une maîtrise du niveau 'compréhension (de phénomènes)' ; qu'en calculant, divisant, résolvons une équation... nous en sommes à celui de l' 'application (d'une règle)' ; qu'en raisonnant - à un degré élémentaire - nous pratiquons un niveau d' 'analyse (de situations nouvelles)' - par déduction (d'une règle à ses cas d'application) ou par induction (de cas particuliers à un principe, une règle, un système)... -; qu'en adoptant une posture scientifique nous en sommes à celui de la 'synthèse - évaluation (de données assemblées en comparaison' - par confrontation de thèses pour, au terme d'une enquête validant ou invalidant une hypothèse, nous parvenions à une conclusion, un rapport (d'enquête), et finalement, alors, et alors seulement, un jugement pertinent... -; qu'en nous manifestant comme inventeur, interprète, artiste... nous tentons d'atteindre le niveau de la 'créativité' - en imaginant, réalisant... quelque chose de nouveau, d'inattendu, de beau, d'original... -.

Tout ce que maints textes de références présentent sans souci de classification comme tâches attribuées à une IA et désignées par apprentissage, raisonnement, résolution de problème ou prise de décision. Vraiment ? Une IA pourrait-elle donc se substituer aux niveaux de l'intelligence humaine les plus complexes ? Ou ne fait-elle que recracher, arrangés en fonction des prompts d'une interrogation spontanée, la substantifique moelle des incommensurables bases de données brutes constituées du pillage de tout ce qui est en ligne, y compris des bribes de thèses obtenues après des années de recherche en fonction de critères scientifiques, moyennant l'étiquetage de chacun de ses concepts ou de ces énoncés par des armées de bénédictins sous payés, exploités, mises en ligne sur le NET, en vrac, au côté du meilleur et du  pire, du vrai au faux, sans distinction...  d'une mise en ligne de toutes les archives ou bibliothèques qui ont pu être numérisées... au prix donc de 3% - pour l'instant - des ressources énergétiques mondiales. 

Ainsi, la réponse à une demande complexe formulée à une IA, du type résolution de problème ou rapport d'enquête, d'abord est-ce acceptable pour une IA. J'ai essayé de poser ça sous la forme d'une question d'examen de 2e cycle universitaire en histoire de l'éducation. On m'a aimablement rétorqué n'être pas habilité à fournir une réponse à une question aussi complexe ! Voyez la question et son traitement par une volée d'une centaine d'étudiant-es, en annexe).  Peut-être aura-t-il fallu, pour parvenir tout de même à un résultat, diriger l'IA vers la réponse par une maïeutique en forme de prompts successifs jusqu'à ce que la demande soit suffisamment balisée pour qu'une réponse soit crachée (on aurait là une procédé par questions-réponses fermées, pas à pas, une MAÏEUTIQUE vide dont la réussite dépend de l'habileté du poseur de questions qui conduit la manoeuvre jusqu'à ce qu'il obtienne ce qu'il escompte : l'art de faire accoucher (l'autre) de ses propres vérités, étymologiquement, en référence à l'accoucheuse Maia de la mythologie. Une technique d'interrogation rendue célèbre par Socrate (et c'est un rôle  qui me semble convenir parfaitement aux IA !). Un pas à pas qui ne nécessite en aucune manière le recours à un niveau cognitif complexe. Ou alors s'agit-il véritablement d'un problème résolu, d'une enquête conduite... par l'IA elle-même, réellement, en complète autonomie, ce qui lui conférerait bien la capacité d'atteindre un niveau taxinomique cognitif complexe ? On aimerait bien... pour l'instant, c'est loin d'être le cas.

Expérience faite, un voyage de découverte au centre du Portugal - par exemple - se déroulera en bien meilleure garantie d'en aborder les hauts lieux les plus significatifs après consultation du bon vieux Guide Michelin - emporté avec soi, en poche, avec ses plans et ses explications. Un guide élaboré à partir d'excursions réalisées et testées, avec itinéraires et données pratiques, d'un coup d'oeil, ouvrant à vos choix en fonction d'une vue d'ensemble accessible, ordonnée, fournissant des conseils judicieux de découverte -. Sinon, interrogez une IA au prix d'un interminable processus de questions-réponses devant votre écran, dans l'espoir d'obtenir des données dont le demandeur ignore tout et que l'IA cherche à “trouver” en fonction de sources aléatoires à la fiabilité relative. En principe, vous tombez sur une application qui vous affiche des sites en fonction de l'hôtellerie qui la subventionne. Ensuite, naturellement, Google Maps, autre source d'information en ligne infinie, aidera à accéder au reste... sans souci d'exhaustivité.

 

Un examen universitaire au niveau chatbot !

Voici la réflexion que m'avait suggéré une nouvelle largement diffusée (et d'ailleurs pas si surprenante) que des profs de hautes écoles admettaient qu'une IA pouvait réussir un examen académique. Simultanément, une recherche montrait que les travaux du haut de la pile, selon un biais d'évaluation classique et bien connu, étaient mieux notés.

J'avais préparé ce texte pour une éventuelle diffusion avant qu'il ne soit emporté par l'urgence d'autres publications (janvier 2024).

Ce qu'une IA ne réussira, ni ne corrigera : un examen critérié en question de production ouverte (rapport d'enquête) ou en QCM complexe (tableau à double entrée)

 

Prenons le cas d'un examen de 2e cycle universitaire, post-propédeutique, en histoire de l'éducation, passé par une volée d'une centaine d'étudiant-e-s. Soumis à ChatGPT, l'agent conversationnel me répond qu'Il est trop complexe, qu'il n'a malheureusement pas la capacité de le traiter.

C'est une piste intéressante pour comprendre les limites (actuelles) de l'IA au seuil des opérations intellectuelles complexes telle que la REDACTION D'UN RAPPORT D'ENQUETE (question ouverte 1) ou un TEST A CHOIX MULTIPLE SUR TABLEAU A DOUBLE ENTREE (question 2). Les étudiant-e-s avaient 4 h pour passer l'examen (testé pour être réussi en 2h), en utilisant les données du cours annuel. Le tableau à double entrée sur les socles anthropologiques européens liés à l'éducation, peut réclamer jusqu'à une demi-heure de réflexion sur les sources du cours pour être rempli correctement et attester d'une maîtrise du sujet.

Pour des raisons de protection des données,  la FEUILLE DE RESULTATS est celle de l'examen de la session suivante portant sur la nature historique des méthodes pédagogiques. A l'instar de la session précédente, elle présente une courbe dite en 'J' : la grande majorité des étudiant-e-s est parvenue à un excellent score : l'examen était à leur portée, il leur était demandé de traiter un sujet sur une situation inconnue à l'aide de données enseignées. Les critères remplis en fonction d'aspects explicites, on obtient la note 6.00, preuve d'une bonne maîtrise de la matière en référence aux sources du cours (ainsi que cela se passe dans la vie quand il s'agit de remplir un rapport, et non pas à se débattre face à une page blanche sur une question fermée, non critériée, à laquelle une IA peut sans problème fournir des éléments de réponse). Les étudiant-e-s qui n'ont pas suffisamment fréquenté le cours, ni travaillé son script (250 pages), ne peuvent que remplir les aspects formels... et se représenter à la session suivante.

La CORRECTION DES COPIES se fait en fonction de critères explicites, sans que les biais courants de l'évaluation normative, signalés dans le document précédent, puissent influencer la correction. La courbe des résultats n'est donc pas gaussienne, marquée par une distribution d'une masse de notes moyennes encadrée par deux extrêmes de bonnes et de mauvaises (en principe, dans les sciences humaines).

 

 

Cliché d'écran de la feuille de résultats anonymisée (Pdf téléchargeable ci-dessous)

La courbe des résultat en 'J' est déjà clairement visible en haut à droite

 

 

Examen en histoire de l'éducation - Données - Déposé 27.01.2026
PDF – 456,1 KB 20 téléchargements
Feuille de résultats - Déposé 27.01.2026
PDF – 1,4 MB 20 téléchargements

Le tableau à double entrée de la question 2

(sous une forme et un barème différents)

Inutile de vous y coller si vous n'avez pas suivi le cours. Et il serait surprenant qu'une IA parvienne à remplir la grille à votre place.

Sous son aspect 'didactique' repoussant, ce tableau permet de mesurer la compréhension des systèmes éducatifs européens en fonction des socles anthropologiques déterminés par la recherche sociologique.

L'interversion des données en séries interdit toute tricherie par copie. La correction est rapide. La question de production à réponse complexe qui précède le QCM permet de mesurer les compétences à la rédaction d'un rapport d'enquête.

 

 

Alors, tout ce qui vaut pour l'intelligence vaut-il aussi pour l'intelligence artificielle ?

Je consens qu'il faille éviter toute hostilité spontanée, irrationnelle, face à la nouveauté, par crainte d'hypothétiques effets néfastes, en ignorance de ce qu'elle promet... à condition qu'on la maîtrise. La diffusion du papier suscitait la crainte qu'il ne soit plus besoin de mémoriser, l'essor du chemin de fer la peur qu'une femme enceinte n'accouche sous l'effet de la vitesse, l'invasion domestique de la télévision qu'on y sacrifie le cinéma et la lecture, et donc l'irruption de la galaxie numérique - boostée par la subversion des agents conversationnels -, que l'humanité perde son âme (combien de fois l'a-t-elle déjà perdue ?), que l'individu sacrifie son libre-arbitre (en a-t-il encore après le règne des religions monothéistes auquel a succédé celui des totalitarismes politiques)... Donc autant décrire le nouveau phénomène, l'analyser (déterminer ses composantes, son fonctionnement, la manière dont il exerce ses effets... ) pour une compréhension gage de sa maîtrise.

J'avance (comme hypothèse) que si une IA peut réussir un examen propédeutique, comme évoqué dans l'article ci-dessus, c'est sans doute que la procédure utilisée plaçait ses participant-e-s à des niveaux taxinomiques simples, du type 'connaissance' / 'compréhension' voire 'application'. Les domaines propédeutiques, par nature, ne requièrent pas d'autres niveaux, des niveaux qu'il convient d'apprendre à maîtriser (les propédeutiques sont faits pour ça, justement) avant d'aller aux travaux exécutés en autonomie, relevant de niveaux taxinomiques complexe, une “recherche”, tel un mémoire de master, une thèse de doctorat... tout processus d'investigation visant à produire de nouvelles connaissances, à décrire des phénomènes inexpliqués pour les comprendre. Ce type de processus est fondé sur l'observation, l'expérimentation et l'analyse de données pour vérifier des hypothèses, en fonction d'une méthode scientifique explicite qui en garantit l'objectivité.  Epistémologiquement, les niveaux requis pour de tels travaux relèvent donc d'une HEURISTIQUE (de procédures de recherches “humaines” visant à valider ou invalider une hypothèse en fonction de thèses agréées socialement et scientifiquement). Des procédures qui n'ont rien de commun avec l'usage d' ALGORITMES (d'instructions enregistrées permettant à une IA d'accomplir une tâche de manière automatisée “artificielle”).

Si vous avez pour un chatbot généraliste une demande complexe, par exemple est-ce que la théorie de la relativité a davantage  bouleversé la marche du monde que les trois premières années de l'introduction des agents conversationnels, pour  5 Wh (sans image) 25% de charge de votre smartphone, il vous agencera ((s'il vous répond !) une réponse circonstanciée fonction des milliers d'explications élaborées par la recherche, publiées, que sa prodigieuse mémoire numérique vous recrachera sans la moindre référence en une fraction de seconde, grâce  à l'étiquetage accompli par l'armée de petites mains sous exploitée déjà évoquée. Et vous serez ébahi ! Ebahissement vite tempéré si vous prenez conscience des millions de demandes similaires opérées simultanément à la vôtre et qui réclament bientôt 3% de l'énergie mondiale, en augmentation exponentielle.

Wikipédia fera beaucoup mieux pour cent fois moins si vous savez le consulter, si vous y consacrez le temps et l'intelligence heuristique, nécessaires : la réponse n'y est pas toute faite, mais vous aurez les sources. Evidemment, si vous vous procurez E=mc² : Une biographie de la plus célèbre équation du monde de David Bodanis ou De la relativité au GPS de Pierre Spagnou, parmi au moins 100 titres au moins en français (il doit donc y avoir plus récent), alors vous disposerez de l'amorce d'une information holiste à laquelle vous pourriez tout de même avoir accès par un chatbot capable de vous en indiquer les titres si vous lui soumettez le bon prompt.

 

  Une enquête du Monde pour comprendre l'impact environnemental des usages de l'IA

- Les Décodeurs

- Intelligences artificielles génératives

Pourquoi notre utilisation de l’IA est un gouffre énergétique

Par Léa Parti et Romain Geoffroy. Publié le 08 juin 2025 à 05h00, modifié le 11 juin 2025 à 15h05, in :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/06/08/pourquoi-notre-utilisation-de-l-ia-est-un-gouffre-energetique_6611132_4355770.html

 

Parce que si nos calculettes, nos GPS... nous donnent immédiatement la réponse à une demande d'opération mathématique ou d'information, simple ou complexe, en vertu de leurs immenses capacités de mémorisation couplées à celles d'application ('machinale' dit-on) de règles formelles, je ne vois pas, à priori, une IA en capacité de mener une enquête au sens épistémologique du terme, de gérer un processus heuristique sur des données nouvelles, enregistrées dans un cloud, aussi puissant soit-il.

Sauf justement à répliquer des résultats ou des conclusions déjà établies, enregistrées, comme je l'ai suggéré plus haut. Des données, non pas des procédures, que les prompts préparés par l'utilisateur auront permis d'aller débusquer dans des fonds disponibles instantanément, à l'écran (sans avoir à descendre aux archives en maîtrisant leurs codes d'accès et en y consacrant un temps long, sans la nécessité de consulter - réserver, aborder, étudier, lire, interpréter... - les connaissances établies par des milliers d'ouvrages qu'il faut sélectionner en fonction d'une problématique, d'en confronter les thèses, non pas seulement d'en régurgiter le synopsis... ). Une IA, si j'ai bien compris, et en fonction des essais que j'ai effectué, fournit une réponse à une demande ciblée, à partir des régularités, des similitudes ou des différences les plus saillantes, repérées spontanément, en fonction de la puissance de 'calcul' conférée sans mérite, par une énergie incommensurable, disponible à bas coût, puisées au milieu de milliards de faits, conclusions, rapports, analyses.... accumulées dans des bases de données illimitées, correspondant aux innombrables bibliothèques papier ou numériques enregistrées. 

Sans compter qu'à force de puiser à ce fonds de commerce inépuisable, aisé à piller... on n'acquerra aucune capacité à la 'réflexion', rappelez-vous, ce sens moderne donné à l'intelligence, en français, depuis Descartes !

Se référer à un modèle de classification des opérations intellectuelles ouvre des perspectives vertigineuses pour l'analyse des capacités des IA. C'est admettre, encore faudra-t-il le vérifier, non seulement l'affirmer, que si remporter un concours de niveau international aux échecs c'est pouvoir proposer une solution à partir de la mise en abîme d'une vingtaine de coups, en prospective, pour une IA ce n'est qu'une réaction à une palette de mille possibilités mise en mémoire numérique... en une fraction de seconde, “machinalement”.

La concurrence est littéralement... déloyale, mais aux niveaux des modes de pensée humains équivalents à de l'extractivisme ou du calcul automatisé, non pas de l'intelligence réflexive - collective, ainsi qu'on pourra le constater à travers l'article qui suit, relatif à l'exercice en classe d'histoire d'une heuristique scolaire contrôlant les formes d'intelligence artificielle.

 

Les élèves écriront-ils désormais l'histoire avec un robot ?

Tel est le titre de la contribution d'un autre collègue historien et didacticien de l'histoire romand, Lyonel Kaufmann (HEP Lausanne), dans la revue suisse et internationale Didactica Historica  aux éditions Alphil - Presses universitaires suisses(10/2024, pp. 165-169) :

« Enseigner l'histoire avec ChatGPT. Les élèves écriront-ils désormais l'histoire avec un robot ? »

 

Enseigner l'histoire avec ChatGPT - L. Kaufmann - DH 10/2024 - Déposé 26.01.2026
PDF – 7,7 MB 19 téléchargements

Pour obtenir le n° 10/2024 de DH complet (gratuit) :

https://www.alphil.com/10-didactica-historica

 

La première page de l'article téléchargeable in extenso ci-dessus.

 

 

Après un bref historique du contexte récent de l'apparition des agents conversationnels, trois pistes de recours à leurs services dans l'enseignement de l'histoire sont présentées.

1. Comment utiliser le caractère exploratoire de tels agents.

2. Comment dépasser le point faible de ChatGPT - l'absence de références - par des activités de vérification des sources.

3. Comment, par un article de type encyclopédique, confronter des dispositifs tels Wikipédia et ChatGPT.

Tout ce que les modes de pensée historiens proposent à l'histoire enseignée d'avant l'ère du numérique, ajustés à une utilisation didactique des nouveaux agents conversationnels.

On pourrait ajouter de ne pas oublier de prêter attention au modes de transfert des savoirs scolaires liés à la maîtrise des procédés conversationnels numériques, hors de l'école. A quoi bon parvenir à une maîtrise en classe si elle ne s'applique pas hors des murs de l'école, dans la vie.

Puisant à une littérature pertinente, l'article conclut sur l'importance d'user des dispositifs numériques par l'intelligence réflexive-collective (humaine), au-delà de la question de savoir s'il faut les interdire.